Le voyage conforte-t-il les clichés culturels sur les peuples du monde ?

Le voyage est un formidable vecteur de compréhension entre les peuples. Il nous permet d’aller à la rencontre de l’Autre, de découvrir d’autres cultures et d’ouvrir notre esprit au-delà des clichés.

« Le tourisme avec les sociabilités ludiques qu’il favorise, les images qu’il génère, est un dispositif d’appréhension graduée, codée et non traumatisante de l’extérieur et de l’altérité. »

Rachid Amirou

Mais cela est uniquement valable si on voyage de manière responsable. Car autrement, le tourisme a un effet pervers, celui de conforter clichés et idées reçues.

Comment mal voyager contribue à accroître les préjugés ?

Combien de voyageurs reviennent encore plus bornés que quand ils sont partis? Et, ils contribuent avec ferveur à véhiculer les préjugés et clichés sur les différentes nationalités par leurs témoignages. Ils sont partis, ils ont rencontré des gens différents, ne les ont pas compris et sont revenus pour généraliser à partir de 2 – 3 rencontres faites sur place. Ce qui n’a aucune valeur. D’autant plus que les lieux visités ont tendance à se conformer à l’imaginaire que le touriste a d’eux comme l’explique Sylvie Brunel. Tel endroit a une réputation de joie de vivre alors, ses habitants vont tâcher d’être à la hauteur pour ne pas décevoir le touriste. Clairement, les observations culturelles des voyageurs éclair (au contraire des touristes pratiquants le slow travel) n’ont aucune valeur. Elles peignent un monde culturel bien trop cliché.

Ils parlent et leurs paroles prennent la valeur d’évangiles. Comme si avoir joué au touriste pendant un temps limité dans un pays pouvait permettre de l’appréhender entièrement, dans sa complexité sociale et culturelle ! Si quelques micro-vérités ressortent de leurs observations, le discours de ces voyageurs-là manque souvent de nuances. Il est caricatural, plein de clichés, car il ne permet pas de voir la complexité socio-culturelle d’un lieu. Les conclusions culturelles de leur périple sont juste un agglomérat de poncifs et stéréotypes sans aucune nuance.

La culture d’une nation et de ses habitants n’est pas uniforme, elle est diverse. Elle ne peut pas se réduire à quelques clichés. Et la diversité culturelle d’un lieu ne se donne pas à lire facilement au visiteur. Elle demande du temps pour être appréhendée, car la culture est comme un iceberg. Quand on est de passage, nous n’effleurons que 10% de la richesse culturelle d’une communauté : arts, coutumes, comportements… Nous observons des manifestations de la culture d’autrui sans en comprendre pleinement le sens. Quand on reste à la surface, il est aisé de tirer des conclusions hâtives et superficielles.

Le voyageur doit être un émissaire de l’ouverture sur le monde contre les stéréotypes sur les nations

Des cons, il y en a partout. Alors, vous devez sans doute vous interroger. Pourquoi l’idiotie du touriste m’agace tant? Parce que les voyageurs sont vus par ceux qui ne voyagent pas comme les portes-parole, les ambassadeurs des populations qu’on ne peut pas visiter soi-même. Leurs observations si elles sont creuses sont le début des clichés, le début du racisme. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à se rappeler le rôle qu’ont joué les premiers explorateurs dans l’avènement du colonialisme. La tâche du voyageur n’est pas à prendre à la légère, il devrait s’ouvrir l’esprit, mais aussi, une fois rentré, aider les autres à ouvrir les leurs. Il ne peut pas se contenter de venir confirmer et diffuser des stéréotypes partiellement ou totalement à côté de la plaque sur la diversité culturelle des peuples.

Colporter des visions réductrices du monde et de sa diversité culturelle, c’est faire le terreau du racisme et de la xénophobie. Cela contribue également à invisibiliser des strates entières des sociétés visitées. En confortant les clichés nationaux, on essentialise et ethnicise les peuples et leurs nationalités. Ce qui a pour effet d’être excluant pour la diversité.

Le voyage doit prôner la nature diverse de la culture des différents pays. J’avais été étonnée de constater dans un reportage sur la famille Le Pen que ses membres étaient avides de voyages. Ils font partie de ce clan de voyageurs qui clament « J’aime la diversité, mais, chacun chez soi ». Pour eux, une destination touristique doit être culturellement authentique. En d’autres termes, elle ne doit pas être pervertie par la diversité culturelle. Qui n’a jamais entendu « New York (ou toute autre ville cosmopolite), ce n’est pas l’Amérique, il y a plein d’étrangers ». Et mon expérience m’a bien montré que quand quelqu’un parle en ces termes d' »étrangers », il faut comprendre personne ethniquement ou culturellement différente du groupe majoritaire. En résumé, la diversité est l’ennemi de l’authenticité d’un lieu touristique. Les gens différents ne peuvent être différents et inclus à la société du pays visité.Tout se passe comme si une personne d’origine asiatique à New York ne pouvait être aussi new yorkais. Ou, un musulman vivant à Paris ne pouvait être pleinement français. Le différent du modèle dominant ne serait bien que dans son milieu d’origine. Les clichés nationaux font de lui un étranger dans son propre pays. Exclu de fait de l’authenticité nationale véhiculée par des touristes avides de stéréotypes façonnés par l’industrie du voyage.

Pour conclure, le voyageur dans sa quête d’authenticité doit avancer l’esprit ouvert et accueillir la diversité des destinations qu’il visite. Ce n’est que de cette manière qu’il pourra revenir avec des récits de voyage plein de reliefs et vecteurs de compréhension interculturelle.

Cet article a 2 commentaires

  1. Claire

    Vraiment un article original ! Je suis totalement d’accord avec toi sur pleins de points, évitons de colporter cette vision réductrice du voyage, ce dans la vie de tous les jours comme via des articles comme ça, bravo 🙂

  2. Alice

    Merci pour cette mise au point qui me semble très nécessaire. Les gens pensent que voyager fait automatiquement d’eux des gens ouverts et cultivés alors que tu montres bien ici à quel point ça peut être faux, au détriment des locaux.

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