Récit d’un séjour à Ouaga, Burkina Faso

Couleur ocre à l’horizon, chaleur enveloppante, effets aux couleurs chatoyantes, convivialité et flamboyance. Ne cherchez pas, vous êtes à Ouaga. Je vous emmène dans un périple aux quatre coins de la capitale du Faso.

De prime abord, le Burkina Faso ne paraît pas être la destination idéale lorsqu’on prépare son prochain voyage avec son enfant. Et pourtant, le pays a beaucoup à offrir comme vous allez le découvrir au travers du récit des vacances que j’y ai passées avec mon fils. J’espère vous permettre de vous évader et vous inspirer à suivre nos pas.

Ouagadougou est la capitale du Burkina Faso. Pays dont je vous avais déjà longuement parlé pour vous vanter ses multiples atouts touristiques. Le Faso pour les intimes est actuellement traversé par une crise terroriste. Pas d’affolement, la destination est toujours plutôt sûre si l’on évite les zones frontalières et qu’on suit les recommandations du Ministère des Affaires étrangères. Pour plus de sûreté, mieux vaut rester dans la région centrale du pays. Cela tombe bien, car cela correspond exactement à l’emplacement de Ouaga. D’ailleurs, planifier des voyages se concentrant sur quelques lieux est le premier pas vers des voyages porteurs de sens. On peut de cette manière prendre le temps de véritablement s’immerger au coeur d’une culture. Pour ce voyage réalisé avec mon fils pour des raisons familiales, c’est exactement ce dont j’avais besoin. Le Burkina Faso est la terre de mes racines. Ce séjour à Ouaga fut pour moi l’occasion de me reconnecter avec ma famille qui y est établie. Le tout en m’imprégnant de l’esprit de la ville qui a vu grandir mes parents. Ce voyage était également l’opportunité d’arpenter la terre de mes ancêtres avec ma descendance. Sommaire :

Mais avant de commencer ce périple, on commence avec une carte d’identité de la ville.

Carte d’identité de Ouagadougou

  • Superficie ‎219,3 km2
  • Nombre d’habitants 2,2 Millions
  • Rang IDH du Pays 183/189 Salaire moyen 124,5€/mois
  • Monnaie 1€ = 657 Francs CFA
  • Comment y aller ? Vol Paris – Ouagadougou de 5h35
  • Langues Français, Mooré, Fulfudé, Dioula, Goulmancema, Bissa …
  • Spiritualités Musulmane, Chrétienne, Animiste
  • Quand venir ? La période idéale se situe pendant la saison sèche entre Novembre et Février
  • Que faire ? Visiter la cathédrale, la grande mosquée, les musées, aller voir un film du FESPACO, prendre un verre au maquis, faire des emplettes au marché et au village artisanal
  • Quelles sont les spécialités ? Les cosmétiques au karité, les batiks, masques, bronzes, balafons…

Je vous souhaite la bonne arrivée à Ouaga

Je vais vous épargner le sempiternel regard européen sur l’hospitalité africaine à base de « ils ont la joie de vivre et le sens du don malgré la pauvreté » en introduction de ce récit. Je goûte peu au misérabilisme sur l’Afrique et surtout : le Burkina, c’est mon autre pays, j’y étais chez moi, entourée des miens. En revanche, je souhaite vous dire en guise d’avant-propos quelques mots du peuple burkinabé. En effet, pour moi on voyage avant tout pour rencontrer l’Autre, se voir en lui, se connecter  et s’enrichir à son contact. Cette rencontre va passer par l’intérêt qu’on va porter à l’histoire du pays, à ses enjeux actuels et au partage d’expériences avec la diversité de ses habitants. Comme il n’y a pas un Français type, il n’y a pas un Burkinabé type. Et cela me paraît encore plus vrai au Burkina qui compte une soixantaine d’ethnies différentes ! De par mes origines, mon voyage m’a conduit à suivre plus particulièrement les pas des Mossis et des Bissas.

L’histoire du pays est marquée par le mythe fondateur de la princesse Mossi Yennenga. Cette guerrière et cavalière hors pair aurait conquis le coeur d’un prince Bissa avant de fonder les prémisses de la nation burkinabé. Je raconte probablement très mal l’histoire, mais c’est ce que j’en ai retenu. J’invite les experts à rectifier si nécessaire ! D’autres héros ont jalonné l’histoire du pays. Parmi lesquels se trouve le révolutionnaire marxiste Thomas Sankara. Un vrai visionnaire dont les mots sonnent toujours aussi vrai plusieurs dizaines d’années après sa mort :

D’autres avant moi ont dit, d’autres après moi diront à quel point s’est élargi le fossé entre les peuples nantis et ceux qui n’aspirent qu’à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n’imaginera à quel point le grain du pauvre a nourri chez nous la vache du riche.

Thomas Sankara

Dans la lignée des grands hommes du Faso, on peut également citer l’éminent historien Joseph Ki Zerbo. Notre ex-président Sarkozy aurait gagné à lire son oeuvre avant de faire un discours pitoyable à Dakar.

Vous savez que nous avons recherché de nouvelles sources de l’histoire africaine, y compris la tradition orale. J’ai prouvé que le mot « préhistoire » était un mot mal venu. Je ne vois pas pourquoi les premiers humains qui avaient inventé la position debout, la parole, l’art, la religion, le feu, les premiers outils, les premiers habitats, les premières cultures seraient hors de l’histoire !

Joseph Ki-Zerbo

Promenades dans les rues de Ouaga

Lors de ce séjour avec mon fils, il nous tenait à coeur de nous ressourcer en prenant le temps de humer l’ambiance de la ville le plus simplement possible. Pour cela, la marche est l’activité idéale. On flâne à son rythme, on bifurque selon sa curiosité et au contact des riverains on adopte doucement le rythme du lieu. J’ai apprécié ces déambulations mère-fils. Les yeux ébahis,  nous nous sommes laissés surprendre par l’observation de la vie urbaine ouagalaise et de ses édifices à l’architecture marquée. Imaginez-vous un moment en train de vous promener avec nous dans les rues de Ouaga.  Vous croiseriez des chevaux des chèvres, des femmes élégantes en pagnes, des silhouettes du désert et des cases à côté de pavillons. Le tout dans un joyeux tumulte pris dans un voilage ocre formé de latérite.

A l’assaut de l’artisanat de Ouagadougou

Je trouve que l’une des meilleures approches pour vivre une ville de l’intérieur et en palper son pouls est de partir à la rencontre de ses artisans. À leurs côtés, on prend la mesure du savoir-faire local et de l’histoire de sa transmission de générations en générations. Dans le même temps, on découvre les objets qui ont de la valeur pour un peuple, leurs significations cachées et l’esthétisme autochtone.

The place to go à Ouaga pour le visiteur qui a pour ambition de rencontrer les artisans venus des quatre coins du pays est : le village artisanal. Le lieu a été spécialement conçu pour valoriser les peintres, sculpteurs, tisserands et autres artistes auprès des voyageurs. Les différents ateliers où l’on peut observer l’Homme façonner son oeuvre se succèdent pour l’enchantement des badauds. La magie a opéré sur moi. J’ai été émerveillée par la richesse des détails sur les batiks ou encore l’habileté des maroquiniers. En revanche, voir les allées désertées par les touristes en raison du contexte terroriste était un véritable crève-coeur. J’étais heureuse de voir tout ce talent, toute cette créativité concentrée sur les étals. Mais aussi triste de constater que tout ce labeur pour faire rayonner au yeux du monde la filière artisanale du pays avait fait éclore des pièces dédiées à l’éblouissement de visiteurs absents.

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#artisanatburkinafaso

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Autre ambianc: l’avenue Kwame NKrumah et ses environs. Pour vous en faire une idée, visualisez un Champs Elysée – Place Vendôme à la sauce burkinabé. J’ai accompagné ma sœur dans ce quartier car les bijoutiers réalisent ici de superbes bijoux sur-mesure. Je n’en garde pas un souvenir particulièrement positif. Avez-vous déjà été assailli par des milliers de vendeurs à la sauvette ? Eh bien, c’est ce qui m’est arrivé à chaque fois que j’ai mis les pieds dans les secteurs commerciaux du centre ville de Ouaga. En conclusion, à éviter !

A la découverte d’un parc urbain Bangr Weogo

Mon oncle réalise toutes les semaines plusieurs marches rapides matinales dans les 240 hectares du plus grand parc urbain de Ouaga. Il a eu la gentillesse de nous convier à ses escapades sportives à Bangr Weogo. Le parc abrite un mini zoo, un musée et la forêt sacrée des Mossis. Avec mon garçon, nous avons pris beaucoup de plaisir à nous enfoncer dans cette forêt pleine de mythes. La visite du parc animalier était en revanche décevante. Nous avions notre guide personnel pour visiter les quelques enclos où logent des singes, tortues, crocodiles et hippopotames qui font peine à voir. Surtout quand on pense qu’une immense forêt luxuriante jouxte leur espace riquiqui.

Mini road trip dans Ouaga 2000

Ah Ouaga 2000 ! L’antithèse des clichés sur l’Afrique, un Wakanda avant l’heure. C’est là qu’en août 1998, la collégienne que j’étais est allée en boîte de nuit pour la première fois. Je tenais absolument à y retourner avec mon fils. Je vous vois venir. Non, je ne souhaitais pas l’y emmener pour m’enjailler avec le petit bonhomme jusqu’au petit matin😉. Ce que je voulais c’est qu’il prenne la mesure de l’Afrique dans tous ses contrastes et avec tous ses visages. Arpenter en voiture le quartier Ouaga 2000, nous a mené face à de somptueuses villas, tout près du palais Kosyam de la présidence et aux abords d’hôtels d’architecture afropolitaine. Nous avons aussi pu prendre de bons repas dans des restaurants cossus après nous être désaltérés dans des lounges club.

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#ouaga2000 #monumentdesmartyrs

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Mission secrète à Ouaga

Pendant ce voyage, j’avais une mission de la plus haute importance auto attribuée. Une mission qui a failli rendre chèvre plusieurs membres de ma famille tant ma détermination était élevée. Et je peux vous assurer que si j’avais eu le malheur d’échouer à la tâche dans les temps impartis, j’aurais très sérieusement considéré l’option de prolonger mon voyage à Ouaga. Le suspense est insoutenable. Vous vous demandez probablement de quoi il s’agit. Qu’est-ce qu’elle devait absolument accomplir à Ouagadougou qui ne se trouve nulle part ailleurs ? Quelle est cette merveilleuse chose si capitale?

Eh bien oui, vous l’avez compris. C’est l’évidence même ! Il fallait que je fasse coudre de sublimes robes africaines sur mesures. J’avais laissé plein de place dans ma valise pour pouvoir rentrer avec des tas de tenues arborant les plus belles étoffes d’Afrique. Pas de wax, je voulais des tissus africains authentiques comme le bogolan, le faso dan fani, le kente, le bazin… Pour chacun d’entre eux, je rêvais d’une ou de plusieurs vestes, jupes ou robes. Je voulais repartir du pays avec un petit quelque chose de son artisanat que je pourrais arborer fièrement de retour en France.

C’est ainsi qu’on s’est retrouvé à arpenter des dizaines d’échoppes de plusieurs couturiers et marchands de pagnes de la capitale. J’allais de coups de cœur en coups de cœur à chacun de nos détours. Au vendeur du coin de la rue, j’ai acheté 2 pagnes, à ceux du marché de Ouaga 3, dans telle boutique cossue 2 et je n’en finissais plus.

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#africanshopping

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J’ai fini par confier mes tissus et mes commandes à plusieurs stylistes dont Prince Dessuti. Je n’ai pas été totalement égoïste sur ce coup là puisque j’ai aussi acheté quelque t-shirts burkindi pour mon garçon. Qui, comme vous pouvez le deviner, était ravi de toutes ses escapades 😏.

La veille de récupérer mes commandes chez les couturiers, je frémissais d’excitation comme une fillette le soir du réveillon à l’attente du Père Noël. Les déballages de mes multiples cadeaux furent à la hauteur de mes espérances.

Sur la piste de Tenkodogo

Bon, je n’ai pas fait que verser dans le consumérisme au cours de ce voyage. Agrandir mon attirail de bric-à-brac n’était absolument pas le but premier de ce périple. L’essentiel était ailleurs. C’est ainsi qu’entourée d’une partie de mes frères et soeurs, j’ai pris la route vers notre village paternel situé non loin de Tenkodogo. Ce sera difficile pour moi de vous décrire l’effet qu’a eu sur moi la traversée de ces terres jadis jalonnées par mes ancêtres. Les notions de transmission et d’héritage sont très importantes pour moi. Alors être là fut comme une révélation. Au-delà de la charge émotionnelle que Tenkodogo et sa région ont pour moi, cette province offre de magnifiques panoramas. Si vous avez l’occasion de vous y rendre, ne manquez surtout pas le lac du barrage de Bagré. Cette étendue d’eau d’un bleu cristallin entourée de teintes rouges et vertes est un vrai délice pour les yeux. Des lieux se dégagent une profonde sérénité propice à une connexion profonde à mère Nature.

La force du baobab est dans ses racines.

Proverbe africain

Quelques gourmandises du Faso

Pour finir, je vous propose de vous faire goûter la saveur de quelques gourmandises du Faso. Les terres agricoles du Burkina ne sont pas les terres agricoles de la France. Elles sont arides et pauvres en éléments nutritifs. Cela offre de magnifiques paysages sahéliens mais, quand il s’agit d’y faire pousser des plantes ou d’y élever du bétail, le terreau est loin d’être favorable. Pourtant, les paysans burkinabés, à force de travail y parviennent. Il fournissent en masse la matière première qui va ensuite servir à l’industrie agroalimentaire et aux gastronomes du pays.

Ainsi, les spécialités locales sont à base du mil, sorgho, fonio, poulet bicyclette, chenilles, chauves souris, ignames mangues, papaye, graines de néré, mangue, baobab, manioc … produits sur le territoire. Rien que l’évocation de ces différents mets exotiques me met l’eau à la bouche, pas vous ?

Avec ces différents ingrédients, les cuisiniers burkinabés confectionnent du tô à la sauce gombo, du porc au four accompagné d’épices, de délicieux biscuits secs, du dégué ou encore du foutou à la sauce graine 😋.

Dans mon voyage retour, j’avais des sacs remplis de victuailles du pays pour les partager avec mes amis et collègues. Ils en ont raffolé 😉 !

Ainsi s’achève notre périple au pays des hommes intègres. J’espère que l’aventure vous a plu autant qu’il m’a plu de vous la partager. Et vous, avez vous déjà voyagé avec vos enfants en Afrique de l’Ouest? Comment s’est déroulé votre séjour?

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Cet article a 12 commentaires

  1. Romain

    La région de Tenkodogo semble magnifique ! 🙂

  2. Je ne connais pas du tout cette destination, mais je pense que j’aimerais beaucoup. Surtout l’artisanat et Tenkodogo qui a vraiment l’air superbe ! Merci pour cet article qui montre bien les attraits de cette région.

  3. malyloup

    wahhh quel voyage! j’espère que tu nous montreras les belles tenues, robes et autres que tu as rapportées 🙂
    je ne suis jamais allée en Afrique noire mais ma fille a travaillé un mois au Sénégal quand elle faisait ses études de sage-femme et elle a adoré!

    1. Sandra

      Ça a dû être une belle aventure pour elle

  4. Sabine

    Un sacré voyage à refaire avec toute la famille

  5. Clémence

    Nous n’avons encore jamais été en Afrique, nous rêvons de découvrir le Kenya mais c’est un voyage encore lointain. Nous ne connaissons pas el Burkina Faso mais ton récit nous donne envie d’en apprendre plus sur ce pays et surtout de pouvoir le découvrir un jour.
    Un grand merci pour ce bel article

    1. Sandra

      Je suis ravie si j’ai pu attiser votre envie de découvrir ce pays

  6. Sarah

    Très intéressant, je ne connaissais pas ce pays merci pour cette belle découverte.

  7. ça a l’air d’un très beau pays en effet et j’ai bien envie de découvrir les tenues que tu t’es faites coudre 🙂