4 pistes pour voyager responsable

Le déconfinement approche à grand pas et avec lui nos envies de voyage. Mais le voyage de demain ne devra pas être celui d’hier. Je vous avais déjà parlé ici de la nécessité de voyager responsable. Cela me semble encore plus nécessaire aujourd’hui. Face aux critiques qui s’accumulent contre l’industrie touristique, je souhaite partager avec vous 4 pistes pour redonner ses lettres de noblesse au voyage. Nous pourrons ainsi faire du tourisme post COVID-19 un secteur vecteur d’enrichissement culturel, progrès social, économique et environnemental.

Mais avant de commencer, revenons ensemble sur les éléments qui ont mis toute une industrie au banc des accusés.

Les méfaits du tourisme

Le voyage que nous fantasmons trouve ses racines dans les récits des explorateurs, ces grands aventuriers européens d’antan qui ont précédé les colonisations. Mais ce n’est pas pour cela que nous en voulons au tourisme aujourd’hui. Car le voyage tel que nous le connaissons prend ses racines dans le Grand Tour pratiqué par les jeunes aristocrates occidentaux du XVIe au XVIIIe siècle pour parfaire leur éducation avant d’entrer pleinement dans leur vie d’adultes. Thomas Cook eut la brillante idée de faciliter ces voyages itinérants au XIXe siècle, mais cette pratique demeurait élitiste. Car pour pouvoir voyager, il faut du temps libre et de l’argent disponible pour autre chose que des biens de première nécessité.

Aujourd’hui, le voyage s’est démocratisé. Se faisant, il s’est drapé d’une connotation péjorative, il est devenu tourisme de masse. Nous ne devrions pas en avoir honte, au contraire! Pour que le tourisme puisse être de masse, il faut que les conditions socio-économiques des dites masses s’améliorent. L’histoire du Tourisme se conjugue avec l’histoire du progrès social (avènement des vacances pour tous les travailleurs), de la croissance économique et de l’amélioration constante de nos systèmes de transport. Le tourisme est autant le fruit du progrès qu’il y contribue. Car pour rendre désirables et accessibles les destinations touristiques, des infrastructures se créent. Toute une industrie s’affaire et crée de l’emploi pour des millions de travailleurs. Le tourisme produit 10% de la richesse mondiale et est l’un des secteurs économiques qui connait la plus forte croissance annuelle (+4% en 2019 d’après l’Organisation Mondiale du Tourisme). Et pourtant, les bienfaits du tourisme semblent aujourd’hui être surpassés par les méfaits du surTourisme.

Le tourisme est montré du doigt pour son impact néfaste sur la biodiversité qui est en plein effondrement. Chaque être vivant de la Terre est interconnecté. L’Homme moderne y compris alors même qu’il participe à l’accélération de la 6e extinction du vivant terrestre. L’autre reproche écologique qu’on peut faire aux voyageurs est leur contribution à hauteur de 8% à l’émission humaine de gaz à effets de serre. Quand on connaît les prévisions climatiques à l’horizon 2100 si nous ne changeons pas nos comportements, il y a de quoi blâmer les activités humaines qui ont une empreinte carbone élevée.

Les touristes sont également accusés de folkloriser les cultures des destinations qu’ils visitent. Car l’industrie du voyage l’a bien compris, quand on voyage, on a tendance à rechercher de l’exotisme. On souhaite retrouver sur place les indigènes tels que nous les avons découverts dans les récits des mythiques explorateurs de l’ère précoloniale. Nous sommes insatisfaits lorsque les populations locales ne se conforment pas à l’image exotique que nous avions d’elles. Alors, comme parmi les acteurs du tourisme se trouvent d’excellents professionnels du marketing, des visites scénarisées s’organisent pour satisfaire le touriste. La planète s’est disneylandisée pour reprendre les termes de Sylvie Brunel.

Et enfin, le tourisme est responsable de perturbations socio-économiques dans les territoires où sa part dans l’économie locale est importante. Pour preuve, l’accroissement des populations locales qui en ont marre des touristes. Les promoteurs touristiques font monter les prix dans les sites les plus beaux de la planète. Ce faisant, ils deviennent inaccessibles à ceux qui y vivent. Une économie trop touristique manque de diversité et compromet le développement durable d’un pays. Et, trop souvent, la société d’accueil ne profite pas de l’argent des touristes, alors qu’elle subit tous les outrages de la surfréquentation.

Malgré ces constats, je reste convaincue que le tourisme est avant tout vecteur de nombreux bienfaits. Oui, du tourisme de belles choses peuvent découler ! La condition à cela est de penser le tourisme autrement. D’encourager les initiatives qui nous permettent de voyager responsable. Il est temps après ce tour d’horizon des impacts négatifs du tourisme de voir ensemble comment nous pouvons contrer chacun d’entre eux.

voyager responsable pour bénéficier des points positifs du tourisme. citation de Jules Lesven

Respecter et valoriser les cultures locales avec le slow travel

L’un des problèmes avec le comportement touristique actuel est le non-respect de la diversité culturelle. Et si vous me suivez, vous savez combien le respect et la promotion de la diversité culturelle sont importants à mes yeux. Voyager responsable, cela commence par respecter les hôtes qui nous accueillent sur leur territoire.

Par respect, j’entends s’intéresser aux sociétés d’accueil en s’informant avant le départ sur leur Histoire, la complexité de leur organisation sociale et ce qui fait leur culture aujourd’hui. Tout cela dans le but de décoloniser les imaginaires touristiques pour véritablement être en mesure d’aller à la rencontre de l’Autre.

Pour ce faire, rien de tel que le slow travel. Il s’agit de voyager responsable en prenant le temps de s’immerger dans la culture et l’environnement des lieux qu’on traverse. Des séjours plus longs, plus contemplatifs et plus proches de l’habitant. Plutôt que de chercher à pas de course à confirmer les clichés qu’on a accumulés avant le départ, on se laisse emporter par ses envies, ses rencontres et ses découvertes. On éteint nos tendances à juger, comparer et on s’ouvre à ce que le Voyage a à nous apprendre. Cela permet de s’éloigner des sentiers battus pour s’attarder dans des lieux insolites et limiter la surfréquentation des attractions touristiques.

slow travel mode d emploi

Soutenir l’équilibre socio-économiques des habitants en pratiquant un tourisme équitable

Le voyage est un formidable vecteur de développement économique et social s’il est bien utilisé. Grâce à Internet, nous pouvons être des touristes consomm’acteurs éclairés. Nous avons accès à l’information et nous pouvons choisir des acteurs touristiques qui s’engagent pour un tourisme vecteur de développement durable. Pour que le tourisme bénéficie réellement aux populations locales et non uniquement aux multinationales, c’est à nous de faire les bons choix pour voyager responsable.

Pour qu’un pays prospère, il doit équilibrer son économie grâce à la vitalité et la diversité des compétences de sa population. Le tourisme s’il devient trop dominant dans une économie met à mal cet équilibre. La disparité de la répartition des richesses entre les pays du Nord d’où proviennent une grande partie des touristes et les pays du Sud qui accueillent une partie importante des touristes crée ces déséquilibres. Car quand le pouvoir d’achat du voyageur est bien plus important que celui de l’autochtone, il devient plus intéressant de délaisser des pans entiers de l’économie pour servir le touriste. En tant que voyageur, il est important de consommer local pour stimuler toute la vie économique des territoires traversés. Ainsi, voyager responsable doit également nous amener à adopter des comportements d’achat éthiques. Acheter au juste prix est important pour que les habitants puissent être rétribués dignement et que les marchandises locales restent accessibles aux habitants.

Être socioéconomiquement responsable pendant son séjour, c’est enfin ne pas ancrer l’Autre dans sa pauvreté. La pauvreté n’est pas un spectacle, elle tue. Il faut tendre la main en prêtant attention aux effets pervers du tourisme solidaire pour ne pas tomber dans le piège du syndrome du sauveur. Asseoir sa supériorité sur autrui n’est pas de la bravoure, c’est de l’asservissement. Le volontariat international ne doit pas venir menacer des créations d’emploi ou instaurer une culture de la mendicité. L’injustice sociale n’est pas un divertissement, elle exclue. Le voyageur ne doit pas se voiler la face sur les rapports de domination économique qui traversent notre monde. Soutenir financièrement des initiatives locales est le meilleur moyen de promouvoir l’autodétermination des peuples.

Promouvoir la biodiversité avec l’écotourisme

La Nature est bien souvent au coeur des attractions touristiques : Dune du Pilat, Grand Canyon, Uluru, Kilimandjaro.. Pour cette raison, des génies de l’immobilier touristique ont établi leurs hôtels au coeur de zones abritant des richesses de biodiversité. Heureusement, des destinations de plus en plus nombreuses ont compris qu’en faisant cela elles hypothèquent l’avenir. Le tourisme bien pratiqué peut être un formidable instrument de promotion de la biodiversité. Grâce notamment aux visites de sites naturels qui par leur beauté sensibilisent à la cause environnementale bien plus que le constat de la chute du nombre de verres de terres en île de France. Des enclaves écotouristiques comme les écolodges offrent une leçon au voyageur en l’immergeant dans des modes de vie alternatifs où tout est fait pour vivre en harmonie avec la Nature.

voyager responsable citation de Gibran Khalil la terre est ma patrie et l'humanité ma famille

L’Écotourisme est un bel allié à la cause écologique, mais, certains écosystèmes sont si fragiles que leur fréquentation par un nombre important de voyageurs les menace. Nous voulons tous voir de nos propres yeux les plus belles merveilles de la planète. Le problème c’est que si nous le faisons, bientôt, il n’y aura plus rien à voir. Être un touriste responsable c’est également lutter contre un certain égoïsme et renoncer à se rendre dans les sites naturels dont la biodiversité est trop fragile pour supporter des hordes de visiteurs.

Minimiser son empreinte carbone en voyageant près de chez soi

Ne nous leurrons pas, pour baisser drastiquement son empreinte carbone, il faut voyager moins loin. Ce qui plombe significativement l’empreinte carbone de nos voyages, ce n’est pas l’hébergement ou les activités que nous réalisons à destination.

Le plus pollueur de nos voyages, c’est le transport. Et en premier lieu, les vols qui nous amènent à destination. Les prix des billets d’avion sont devenus excessivement bas ce qui les rend accessibles au plus grand nombre. Même les destinations que nous pourrions atteindre en train sont moins chères à atteindre en avion. Le secteur aérien a beau avoir fait d’énormes progrès pour diminuer ses émissions de gaz à effets de serre, cela reste insuffisant pour compenser la croissance folle de son trafic. De plus en plus d’êtres humains prennent l’avion, de plus en plus souvent et de plus en plus loin.

Nous, voyageurs, devons réapprendre le sentiment de frustration. Parfois, une chose est accessible, mais nous devons être raisonnables et nous abstenir d’assouvir notre désir. Notre soif d’évasion doit être modérée pour limiter les conséquences désastreuses du changement climatique de nos vols. Je suis originaire d’un pays du Sahel. Chaque fois qu’on parle de ce changement, je m’interroge, terrifiée. Le tableau est bien sombre pour l’avenir climatique de l’Europe, mais qu’en sera-t-il pour les miens, les populations du Sud qui souffrent déjà des effets du changement climatique?

Pour s’évader, il n’est pas nécessaire d’aller très loin. Le voyage n’est pas synonyme de lointain. Les staycation dont je vous avais partagé mon expérience après un été que j’avais passé en région parisienne le démontrent bien. On peut pratiquer un tourisme local, découvrir de nouvelles choses et rencontrer la diversité culturelle en restant près de chez soi. Cela est d’autant plus vrai quand on vit dans une région cosmopolite comme l’île de France. Où que vous soyez en France, il y a tant de choses à voir et d’avantages à rester dans notre pays pour voyager comme le montre Mat. De toute façon, la pandémie du COVID-19 nous y oblige pour un temps. Alors, autant faire de nécessité vertu comme le dirait Bourdieu.

Pour voyager responsable, il faut donc moins de transports ou plutôt, des transports plus intelligents. Le développement de la mobilité douce permet de parcourir une région sans peser inutilement sur l’avenir climatique. La randonnée est mon mode de déplacement favori. Marcher permet de profiter d’un lieu tout au long du voyage. Et c’est facile grâce aux bénévoles de la FFRandonée qui entretiennent un réseau de 180 000 km d’itinéraires de randonnée pour la joie des flâneurs. D’autres modes de transport doux comme le vélo complètent l’éventail des solutions pour se déplacer en respectant l’environnement.

Pour conclure : voyager responsable, une nécessité accessible à tous

Le voyage est multidimensionnel. En tant que voyageur, nous laissons notre empreinte dans l’environnement, l’économie et la culture des territoires que nous visitons. Être un voyageur responsable, c’est cheminer en ayant une pleine conscience que notre seule présence dans une destination peut la changer pour le meilleur et le pour pire. Et de finalement, faire les bons choix pour voyager responsable.

Cet article a 6 commentaires

  1. Dele

    Je résonnes beaucoup avec ton article. Prendre du recul sur les consequences de nos actions semble de plus en plus urgent.
    J’ai trouvé très interessante la partie sur la soif « d’exotisme » du voyageur europeen et le syndrome du sauveur propre à notre aire post coloniale.
    Alors oui esperons que la fin de cette pandémie ne marque pas un retour mais plutot un changement dans nos manières de vivre en lien avec la nature, les différentes cultures, nous même.

  2. tortuerose

    Bravo pour ce bel article à l’approche du déconfinement. Tellement d’actualité, je valide à 200%! Au fur et à mesure des années, je me rapproche du slow travel… et c’est tellement plus apaisant et intéressant culturellement…

  3. J’aime beaucoup ton article et je te rejoins sur tous les points. Je réfléchis beaucoup en ce moment ce qu’il faut faire pour rééquilibrer son empreint carbone quand on voyage. Un vaste sujet également. Merci pour ton partage.

  4. Ana

    Vraiment hyper intéressant cet article ! Je me pose souvent ce genre de question.
    En effet, ce n’est pas le tourisme le problème mais bien la façon de voyager. Je suis une « adepte » du slow tourisme pour moi c’est la meilleure façon de voyager responsable quand on part loin. Malheureusement ça ne va pas forcément avec nos modes de vie actuels et nos histoires de congés payés… Mais je pense que tout notre mode de vie est à revoir aha.
    En tout cas merci pour cet article qui donne à réfléchir.

  5. L'hermitte

    Cet article me parle beaucoup et ayant choisi un projet de fin d’études sur le tourisme durable, cela me conforte sur beaucoup de points 😉

    1. Sandra

      C’est top tu viendras renforcer les rangs des acteurs du tourisme durable pour proposer renforcer l’offre alternative aux voyageurs.

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