RACE, un mot à bannir ?

Speaking of race
Notez qu’il y a plus de pression sur les noirs pour qu’ils arrêtent de parler de « race » que sur les racistes.

Race, prononcez ce mot dans une discussion et vous risquez l’atteinte du point Godwin en 30 secondes chrono. Ou mieux, à des confessions de penchants racistes nauséabonds. Alors, comme les hommes ne savent pas se tenir, nous avons mis une chape de plomb sur un mot. Nous croyions que cela mettrait fin aux idéologies pernicieuses. Mais, rien n’est moins vrai. Qu’il est naïf de croire qu’on peut mettre fin à une idéologie qui a été propagée pendant des siècles en bannissant un simple mot ! Que les hommes issus d’un même groupe humain se sont différenciés est un fait. Que ces différences ne soient pas pertinentes pour la médecine ou la génétique, car avant tout superficiel en est un autre. Les différences qu’on observe chez l’être humain sont simplement plus liées à de l’acquis que de l’inné.
Seulement, notre réalité est éminemment sociale. Collectivement, nous donnons une essence à tout ce que nos sens peuvent saisir. Je n’ai rien contre cela. C’est de la science humaine élémentaire. Le problème est que cette force normative de la société s’applique aux différents traits physiques humains faisant de la race une réalité sociale. Un handicap pour ceux qui se retrouvent ainsi arbitrairement enfermés dans une catégorie créée par les « racistes scientifiques ». Car les traits visibles et différenciant existent bel et bien. Les nier est une hérésie. Les hiérarchiser ou leur donner plus de valeur qu’ils n’en ont est du racisme. Faire de même sans utiliser le mot race, c’est le racisme 2.0, bien plus dur à déconstruire. Quel est ce monde qui pense qu’on peut reprendre toute la théorie racialiste vaseuse, mais que tant qu’on ne prononce le mot « race »… Pas vu pas pris ! Et ce même si l’on énonce mot pour mot les délires  scientifiques sur la race qui furent à la base des drames du racisme.

L’histoire d’un bannissement

Racism2-620x479Nous sommes entrés dans l’ère de la société postraciale. Le racisme est mort. L’humanité est indivisible, le mot race et tous les débats autour de ce vilain mot n’ont plus lieu d’être. Notre nation est égalitaire et chacun d’entre nous a les mêmes opportunités. Le racisme n’est plus qu’une posture morale ultra minoritaire. Et pour bien nous prémunir d’un éventuel retour en arrière, on va mettre au ban de la société tous ceux qui osent prononcer le mot interdit. Oui, surtout n’en parlons plus. Le temps fera son oeuvre et viendra à bout des inégalités persistantes. En attendant, on peut continuer à stigmatiser tranquillement tout un chacun d’après sa « bip bip ». Je voulais dire d’après son origine culturelle ;-). Oui, parce que de nos jours, on a tous des dons d’ubiquité nous permettant de connaître l’identité culturelle des gens en 30 secondes chrono.

Voici résumé la tendance actuelle vis-à-vis des questions raciales. En 2013, l’Assemblée nationale adopte une proposition de loi supprimant le mot « race » de la législation française. Pour Christiane Taubira, il s’agit d’« un acte nécessaire, noble, fort, dans une période où l’on voit une résurgence, une désinhibition du rejet de l’autre ».  D’autres comme Philippe Gomes ont des doutes sur l’efficacité d’une telle mesure : « Pensez-vous que supprimer un mot fera s’envoler la peste brune de la haine ordinaire ? »

Mais la race, c’est quoi ?

no-big-differencePour mettre tout le monde au clair, la race ne désigne rien d’autre que d’infimes différences anthropomorphiques et génétiques  constatées par des scientifiques avides de classification à partir du XVIIe siècle. Au fil du temps, nombre de scientifiques ont admis que ces différences en plus d’avoir été souvent fantasmées, ne sont pas pertinentes. Génétiquement parlant, il y a plus d’écarts entre les individus qu’entre les races identifiées. Et pour les rares différences observées, elles dessinent des groupes qui ne calquent pas avec notre vision des choses. Autrement dit, on peut observer des écarts génétiques au sein de groupes humains qui culturellement parlant ne sont pas perçus comme distincts et inversement. Pour preuve supplémentaire de notre unicité biochimique, les greffes sont interraciales.

Race, c’est donc juste un mot utilisé en biologie pour définir avec des contours plus ou moins flous des hommes qui isolés ont évolué dans leur physique un peu différemment. On explique ces différences par le fait que les hommes, issus d’une même souche, se sont dispersés aux 4 coins de la terre. Séparés pendant des siècles, certains caractères mineurs ont été façonnés pour s’adapter à leur environnement ou à leurs différents systèmes culturels. Je pourrais aussi parler du rôle de l’alimentation sur les corps ou des différents canons de beauté (sélection sexuelle) qui ont pu favoriser tel ou tel trait physique.

Les grandes migrations humaines« Rappelons pour commencer l’idée générale de la sélection naturelle : si certains individus d’une espèce possèdent une caractéristique qui leur donne un avantage, au fur et à mesure des générations cette caractéristique va se répandre dans la population. Mais dans cette phrase, qu’est-ce qu’on entend exactement par « un avantage » ? Intuitivement comme « avantage », on pense à de meilleures capacités de survie; par exemple la résistance à une maladie, ou un trait qui améliore la capacité à chasser. Mais il existe d’autres capacités qui se trouvent amplifiées par la sélection naturelle : celles de se reproduire efficacement. La sélection sexuelle, c’est l’idée que les individus les plus efficaces pour se reproduire vont transmettre plus facilement leurs gènes. «  Science étonnante

La science n’établit pas de lien entre les races humaines et les moeurs/psychologies/aptitudes sociales de tout un chacun. Au vu des faibles différences biologiques entre les peuples et de la grande variabilité des individus, une majorité de biologistes conclus à la non validée de la notion de race appliquée à l’être humain.

« 1. Tous les êtres humains appartiennent à la même espèce et proviennent de la même souche. Ils naissent égaux en dignité et en droits et font tous partie intégrante de l’humanité.

races-humaines2. Tous les individus et tous les groupes ont le droit d’être différents, de se concevoir et d’être perçus comme tels. Toutefois, la diversité des formes de vie et le droit à la différence ne peuvent en aucun cas servir de prétexte aux préjugés raciaux; ils ne peuvent légitimer ni en droit ni en fait quelque pratique discriminatoire que ce soit, ni fonder la politique de l’apartheid qui constitue la forme extrême du racisme.

3. L’identité d’origine n’affecte en rien la faculté pour les êtres humains de vivre différemment ni les différences fondées sur la diversité des cultures du milieu et de l’histoire, ni le droit de maintenir l’identité culturelle.

4. Tous les peuples du monde sont dotés des mêmes facultés leur permettant d’atteindre la plénitude de développement intellectuel, technique, social, économique, culturel et politique.

5. Les différences entre les réalisations des différents peuples s’expliquent entièrement par des facteurs géographiques, historiques, politiques, économiques, sociaux et culturels. Ces différences ne peuvent en aucun cas servir de prétexte à un quelconque classement hiérarchisé des nations et des peuples. »  Unesco, Déclaration sur la race et les préjugés raciaux, 27 novembre 1978

Le mot race appliqué aux humains est inoffensif, car les scientifiques ont prouvé par A+B à quel point nos différences physiques sont en fait bien peu de choses. Ce mot ne porte pas en lui la haine raciale ou les idées inégalitaires. Avoir peur d’utiliser le mot race ou de voir les couleurs est révélateur d’autre chose.

Le vrai danger pour notre vivre ensemble ne réside pas dans un débat de vocabulaire. La menace est idéologique et se nomme racisme

Racisme, cancer de l'humanitéLe problème n’est pas de prononcer le mot race. Le problème réside dans le sens socioculturel qu’on lui donne. Est-ce qu’on le limite à un moyen de classement d’après des caractères physiques mineurs, sans y ajouter une pensée déterministe ou inégalitaire quant au profil cognitif des uns et des autres ? Ou, est-ce qu’on utilise un synonyme pour sous-tendre l’idée que les groupes humains se distinguent cognitivement de manière héréditaire en fonction de leur ascendance ? L’enjeu est que les théories racistes ont été invalidées biologiquement, mais pas dans la conscience collective. La quasi-unicité de la structure de notre ADN n’a aucune importance dans le monde social qui fait notre quotidien. Cette unicité va à l’encontre du sens commun. Malheureusement, la société a sa propre science et fabrique des classes, des castes, mais aussi des races inégales.

« Le racisme englobe les idéologies racistes, les attitudes fondées sur les préjugés raciaux, les comportements discriminatoires, les dispositions structurelles et les pratiques institutionnalisées qui provoquent l’inégalité raciale, ainsi que l’idée fallacieuse que les relations discriminatoires entre groupes sont moralement et scientifiquement justifiables; il se manifeste par des dispositions législatives ou réglementaires et par des pratiques discriminatoires, ainsi que par des croyances et des actes antisociaux; il entrave le développement de ses victimes, pervertit ceux qui le mettent en pratique, divise les nations au sein d’elles-mêmes, constitue un obstacle à la coopération internationale, et crée des tensions politiques entre les peuples; il est contraire aux principes fondamentaux du droit international et, par conséquent, il trouble gravement la paix et la sécurité internationales. » Unesco, Déclaration sur la race et les préjugés raciaux, 27 novembre 1978

Le racisme a débuté bien avant l’apparition du mot race et perdure jusqu’à aujourd’hui malgré son bannissement CQFD.

« Déjà l’historien Tacite (55-120) décrivait les Germains comme sales et léthargiques, faibles et moins sensibles. Ces termes ou des termes semblables, on les retrouvera tout au long de l’histoire pour « justifier scientifiquement » les guerres, les colonisations, les discriminations. » Jean Deligne, Esther Rebato et Charles Susanne, « Races et racisme », Journal des anthropologues, 2001

Retour sur les temps forts de la construction d’un imaginaire raciste à travers ses plus « belles » citations.

Du XVIIe siècle au XIXe siècle : l’esclavage et la traite négrière

Homme noir soumis à l'esclavageL’asservissement de l’Homme par l’Homme trouve ses origines aux confins de l’humanité. Les Européens capitalistes lui ont donné une ampleur inédite avec la traite négrière. 60 à 80 millions d’hommes et de femmes sont morts pendant la traite, pour près de 20 millions de déportés. Le tout avec la bénédiction de l’Église qui avait décrété que les noirs n’avaient pas d’âme. Ainsi, aux conquérants espagnols, il est donné par la papauté :

« La libre et ample faculté d’envahir, chercher, capturer, déporter et soumettre tous les Sarrasins [Sarrasins = noirs], et autres ennemis du Christ n’importe où, de prendre possession de leurs royaumes, principautés, et de leurs possessions, et de tous leurs biens meubles et immeubles, et de réduire leur personne à l’esclavage perpétuel, et prendre la souveraineté de leurs royaumes, principautés, et de leurs biens afin de bénéficier de l’usage et des produits de ceux-ci. » Pape Nicolas V, 1453

L’esclavage est aboli en 1794 par la convention française puis rétablie en 1802 par Napoléon. Plus de 40 ans après, la loi Schoelcher abolit l’esclavage dans les Antilles françaises, mais Napoléon III décrète la mise en place du travail forcé dans les colonies. Florilège de la pensée raciste de l’époque :

« Quoiqu’en général les Nègres aient peu d’esprit, ils ne manquent pas de sentiment. » Diderot (Encyclopédie, 1772)

« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire.  »  » Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur. Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. » Voltaire, grand marchand d’esclaves qui a été assez prolifique sur le sujet

« Article 38 : L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis une épaule ; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lis sur l’autre épaule et la troisième fois, il sera puni de mort. » Colbert, le code noir, 1680 (appliqué jusqu’en 1848)

En opposition de ce discours, des voix s’élèvent :

319f3a917e8ec643897f6638adbdb05e“J’aime le christianisme pur, pacifique et impartial du Christ : voilà pourquoi je déteste le christianisme corrompu, esclavagiste, injuste et hypocrite de ce pays où l’on fouette les femmes et vole les enfants. En fait, je ne trouve pas la moindre raison, en dehors de la plus trompeuse, d’appeler christianisme la religion de ce pays.” Frederick Douglass, Narrative of the life of Frederick Douglass, 1845

“Là-bas, dans le pays, ils n’aiment pas votre chair. Ils la méprisent. Ils n’aiment pas vos yeux ; ils préféreraient vous les arracher. Pas plus qu’ils n’aiment la peau de votre dos. Là-bas, ils la fouettent. Et, Ô mon peuple, ils n’aiment pas vos mains. Ils ne font que s’en servir, les lier, les enchaîner, les couper et les laisser vides. Aimez vos mains ! Aimez-les ! (…) C’est vous qui devez aimer tout cela, vous !” Toni Morrison, Beloved, 1987 (États-Unis)

“Je suis nègre et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules.
Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer. (…) Je n’ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé.
Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères. (…)
Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose :
Que jamais l’instrument ne domine l’homme.
Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme.
C’est-à-dire de moi par un autre.
Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve.
Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc.” Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952 (Martinique, Antilles)

On retiendra que “La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.” Loi N° 2001-434 du 21 mai 2001. Discussion et adoption le 10 mai 2001 (France)

Du XVIIe au XXe siècle : le colonialisme

Propagande colonialeLe colonialisme s’appuie sur l’idée qu’un peuple est légitime à exproprier un autre du fait de sa supériorité. La période coloniale marque un tournant dans l’instauration de la pensée de l’inégalité entre les races. Quand on lit les penseurs de la colonisation, on est souvent surpris de réaliser à quel point les clichés d’aujourd’hui y trouvent leur Erotisation des femmes indigènessource. Par exemple, l’islamophobie et l’obsession anti hijab française était déjà bien présente aux premiers temps des colonies. Les histoires de paresse des noirs, les « grands enfants » ou de « péril jaune » également. La propagande coloniale oscille entre fascination, déshumanisation et érotisation poussée à l’extrême des indigènes pour justifier massacres, mutilations, viols, confiscations, transformation d’hommes en chair à canon, travail forcé, avilissement… Les méfaits de la colonisation sont bien nombreux à commencer par cette imagerie raciste dont nous avons hérité :

« Les Noirs doivent être sympathiques, ridicules et gentils à l’image de grands enfants, toujours soumis aux colons. (…) Les français les imaginent également peureux et superstitieux. Les Maghrébins, appelés vulgairement « arabes » par les européens, sont présentés comme belliqueux, excellents cavaliers et sabreurs hors-pair. (…) Le peuple maghrébin est très souvent perçu comme fourbe, cruel, lâche et pillard en toutes circonstances, parfois même rattaché à l’image des juifs au long nez, radins et portés à la rapine. Ils sont paresseux et mauvais travailleurs. Cette haine envers le peuple arabe remonte probablement aux croisades, et ainsi leur religion se fait elle-même caricaturer, présentée comme étrange et susceptible de favoriser une rébellion de ces « êtres fanatisés ». (…) Les indochinois sont le plus souvent représentés dans leurs rizières, en train de fumer de l’opium ou à la tête d’un pousse-pousse, dociles, industrieux et travailleurs. Les européens perçoivent finalement l’Asiatique comme fourbe et cruel. » L’imagerie coloniale résumée

« Les Bédouins continuent à couper les têtes. On attribue ce passe-temps à des coupables isolés, étrangers à la plaine, descendus des montagnes pour aider aux moissons et que leur fanatisme a poussés contre nous. » Camp du Fondouk, le 20 juin 1838 – « Bou-Maza, selon les circonstances, dit aux Arabes qu’il travaille pour l’Émir ou pour lui. C’est un homme adroit, entreprenant, audacieux, et qui décidément exploite bien le fanatisme des Arabes. » Orléansville, le 6 août 1845, Général Achille Le Roy de Saint-Arnaud

« J’ai devant moi un des porteurs recrutés au dernier village. C’est un Laka. Quelle belle bête, pleine de sang et bien racée. Le poids de la caisse n’a aucune importance pour lui. Il marche à son allure vive, élégante, un peu dansante, très légère et donnant un peu l’impression de l’envol. Pourquoi les humanistes de France ne veulent-ils pas admettre que la tête du Noir est faite pour porter des caisses et celle du Blanc pour penser? » Ernest Psichari, Carnets de route, 1907

« La race blanche possédait originairement le monopole de la beauté, de l’intelligence et de la force » Joseph Arthur de Gobineau

Colonial-troops-with-african-heads« En moyenne la masse de l’encéphale est plus considérable chez l’adulte que chez le vieillard, chez l’homme que chez la femme, chez les hommes éminents que chez les hommes médiocres, et chez les races supérieures que chez les races inférieures. Toutes choses égales d’ailleurs, il y a un rapport remarquable entre le développement de l’intelligence et le volume du cerveau. Ainsi l’obliquité et la saillie de la face, constituant ce qu’on appelle le prognathisme, la couleur plus ou moins noire de la peau, l’état laineux de la chevelure et l’infériorité intellectuelle et sociale sont fréquemment associés, tandis qu’une peau plus ou moins blanche, une chevelure lisse, un visage orthognathe [droit] sont l’apanage le plus ordinaire des peuples les plus élevés dans la série humaine. Jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe, n’a pu s’élever spontanément jusqu’à la civilisation. » Paul Broca, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 1876

« C’est là un des signes les plus surprenants et les plus incompréhensibles du caractère indigène: le mensonge. Ces hommes en qui l’islamisme s’est incarné jusqu’à faire partie d’eux, jusqu’à modeler leurs instincts, jusqu’à modifier la race entière et à la différencier des autres au moral autant que la couleur de la peau différencie le nègre du blanc, sont menteurs dans les moelles au point que jamais on ne peut se fier à leurs dires. Est-ce à leur religion qu’ils doivent cela? Je l’ignore. Il faut avoir vécu parmi eux pour savoir combien le mensonge fait partie de leur être, de leur cœur, de leur âme, est devenu chez eux une seconde nature, une nécessité de la vie. » Guy de Maupassant, « Allouma », L’Écho de Paris, 1889

« En somme, ces bons Achantis [Ghana] sont déplaisants à voir, non parce qu’ils ont des têtes d’animaux, mais parce qu’ayant ces têtes, ils ont cependant l’air d’être des hommes » Jules Lemaître

« La Vénus hottentote conquit donc sa renommée en tant qu’objet sexuel, et la combinaison de sa bestialité supposée et de la fascination lascive qu’elle exerçait sur les hommes retenait toute leur attention ; ils avaient du plaisir à regarder Saartjie mais ils pouvaient également se rassurer avec suffisance : ils étaient supérieurs. » Stephen Jay Gould

 

XXe siècle : le nazisme, ségrégations, apartheid et les génocides

Le XXe siècle s’est tout simplement surpassé dans la pensée raciste. On retrouve les premiers camps de la mort pratiquée sur le peuple Héréros qui avait le malheur d’habiter la Namibie, colonie allemande. On retrouve des traces des protagonistes de ce premier camp de l’histoire en Europe avec l’industrialisation de la mise à mort d’Hommes juifs, tziganes, homosexuels et des handicapés. Ce siècle ne s’est pas limité à l’horreur nazi, on pourrait tout aussi bien évoquer la ségrégation, l’apartheid, les génocides en Arménie, au Rwanda (etc). Tous ses crimes contre l’humanité ont pu avoir lieu parce qu’un groupe d’Homme s’est senti racialement supérieur à un autre.

De nos jours :  l’essentialisme et le néoracisme dit « racisme ordinaire »

PréjugésLe racisme aujourd’hui est voilé. L’essentialisation des races est toujours aussi présente, mais le vocabulaire a évolué. Par exemple, on ne parle plus trop frontalement d’hérédité. Mais on souligne vicieusement certaines données statistiques en omettant des variables explicatives plus sociales. On fait des amalgames et des généralisations poussives sous couvert de l’expérience vécue. Le racisme justifié par l’expérience donne souvent des absurdités comme  » Je ne suis pas anti-chats, mais sur les milliers de chats que je croise chaque jour depuis 30 ans, un m’a mordu donc je ne les aime pas. » Les racistes d’aujourd’hui confortent et justifient leurs préjugés par des faits isolés et faussement validés par la statistique. Ils projettent une différence culturelle sur ceux qui ne leur ressemblent pas physiquement. Et ils cachent leurs préjugés racistes derrière l’idée de différences culturelles incompatibles. Ce qui leur permet d’enfermer ceux qu’ils perçoivent comme appartenant à d’autres races dans des caricatures datant de l’époque coloniale. Certaines victimes de ce racisme s’auto-conforment aux clichés de ce racisme qui ne dit plus son nom.

 

L’utilité du mot « race » dans la déconstruction du racisme

post-racial2-bestthinking-comEn France, la question de vocabulaire monopolise le débat. Et pourtant, nous n’avons pas une minute à perdre avec ce combat de bannissement d’un mot issu des sciences biologiques. Le mot race a été dévoyé par des extrémistes et des faibles d’esprit, mais je le trouve bien utile dans la sémantique antiraciste. On parle dans cette optique de race comme construction sociale. Ce concept permet de bien souligner le fait que certains traits physiques sont discriminés et de ne pas se cacher derrière des facteurs culturels. Bien souvent, les discriminations dites ethniques/origines ne se basent que sur la race perçue.

Avoir une parole déterministe en parlant de race, origine ou d’ethnie c’est pareil. Il est socialement accepté de justifier le rejet d’une personne en raison de son ethnie. On accuse la dimension culturelle de l’ethnie de la personne qu’on souhaite ostraciser. Cette justification ne tient pas le plus souvent parce que l’ethnie de l’autre, on ne la connaît pas au moment de la discrimination. La culture d’un individu peut avoir une autre origine que ses traits physiques, car avant toute chose l’homme s’autodétermine. Et puis c’est quoi une ethnie? Est-ce que nos identités culturelles peuvent y être réduites ?  Il est hypocrite d’ethniciser les stéréotypes alors que ce sont des traits raciaux qu’on vise. Connaît-on parfaitement la culture de toutes les ethnies qui peuplent ce monde ? Non et l’on a souvent une vision biaisée de celles qu’on pense connaître. Nous portons l’origine de notre ascendance dans la diversité de nos apparences. Beaucoup déguisent leur dégoût de l’autre, leur haine raciale en utilisant un subterfuge. Ceux-là vont dire « ethnie » ou « origine » au lieu de race. Alors que ce sont bel et bien les préjugés raciaux rattachés à une ascendance qui dérangent.

Colorblind_not_equal_Not_RacistAttaquons-nous aux idéologies racistes plutôt qu’au mot race. Voyons nos différences sans les essentialiser. C’est la « morphopsychologie du dimanche » notre ennemie. Pas le fait de dire que l’humanité abrite des morphologies différentes. C’est le sens qu’on donne à ces différences qui pose problème. Le fait de vouloir lier chaque race à une essence et une psychologie particulière. Pas le fait d’admettre la diversité physique et culturelle des groupes humains.

Mon problème avec la posture – « je ne vois pas les différences/couleurs/races », « je crie au racisme dès que j’entends le mot race », « j’use d’euphémismes pour désigner une personne ayant une couleur de peau différente de la mienne » (…) – est qu’elle sous-entend que le problème réside dans le fait même d’être différent. Cette approche ne remet nullement en cause les préjugés rattachés aux différences. Elle ne fait que nier des différences qui existent bel et bien. Refuser d’entendre le mot race, c’est aussi nier les différences d’expérience de vie liées à des caractères purement physiques. Un beau moyen de discréditer les victimes et de faire perdurer le statu quo. Ceux qui clament je ne vois pas les couleurs / races / différences sont bien souvent les premiers à faire des blagues essentialistes sur des bases purement raciales. Plutôt que de pleurnicher sur le fait qu’un tel utilise ce mot dans un sens sociologique, biologique ou déterministe, battons-nous contre les écueils racistes.

Faire une fixette sur le vocabulaire nous prive de toute analyse sérieuse des inégalités raciales dans la société. Ça empêche la diffusion des avancées scientifiques qui permettent une bonne fois pour toutes de faire le tri entre fantasmes et réalité des différences entre les peuples. Je souhaite que l’éducation antiraciste de nos enfants aille plus loin que la bien-pensance « les races n’existent pas, nous sommes tous pareils » pour invalider chaque axe de la pensée raciste dans les esprits et célébrer nos différences.

Pour aller plus loin

Impossible d’épuiser ce sujet ici en quelques phrases. Il est pourtant important de continuer à le décortiquer. Quelques liens qui devraient vous y aider.

Alors, avez-vous envie de bannir le mot « race » de notre vocabulaire ? Pensez-vous que c’est le fait de voir les différences de race et/ou de couleurs qui pose problème – ou le sens qu’on leur donne ? Le débat est ouvert !

 

Cet article a 7 commentaires

  1. L'Afro

    On se garde ça pour plus tard, mais le sujet est intéressant 😉

  2. Un article très intéressant, vraiment. Maman d’un enfant métisse, j’en aurais des articles à publier sur la race…
    Quant à la vidéo, elle est édifiante, mais si peu surprenante…

  3. Excellent article. Travail très fouillé. Si on est d’accord que le mot race a été construit sur un mensonge à la fois biologique et idéologique, personnellement cela ne me pose pas aucun problème qu »il soit banni de la constitution. Puisqu’il s’agit d’un texte fondateur, un texte hautement symbolique pour la Nation. Supprimer ce mot serait important, mais ce qui l’est encore plus, c’est d’expliquer pourquoi on le supprime.

    À la décharge des grands scientifiques du 17 siècle, ils étaient peut-être dans une vérité qui était la leur en ces temps-là. Selon moi quand se rend compte qu’on s’est trompé, il faut rectifier le tir, essayer autre chose…

    À ce mot beaucoup préfèrent de plus en plus « couleur ». Après, je suis d’accord avec vous qu’il ne suffit pas de bannir ce mot pour supprimer le racisme dans la société et l’esprit des gens. Cette suppression doit être accompagnée sur le long terme, de débats et d’un grand travail d’éducation et de sensibilisation pour que chacun fasse émerger de son inconscient » le raciste » qui sommeille en lui.

    Le débat que vous ouvrez me fait aussi penser au mot « Nègre ». Celui-ci ne figure peut-être pas dans la constitution, mais vous conviendrez avec moi qu’il suscite de nos jours, autant de gêne que le mot race. Il n’y a pas eu une proposition explicite demandant sa suppression, mais quand on analyse ce qui s’est passé après l’affaire « Guerlain », force est de constater qu’il est des mots, comme çà, qui sont très chargés. Quand on tient un raisonnement comme celui-ci, il y a toujours une équation qui vient en tête : Comment garantir la liberté d’expression et de pensée à tous, tout en luttant contre le racisme, l’ostracisation .etc… Question difficile. Est-ce en interdisant l’usage d’un mot qu’on surmontera ce phénomène? Ou alors, cautionner une forme de droit à l’insulte(race, nègre), serait-ce la solution? difficile!

    Pour terminer, je dirai que je suis plutôt du coté de la bien-pensance non pas pour affirmer “les races n’existent pas, nous sommes tous pareils”, mais pour dire ceci : « les races n’existent pas, et d’une certaine façon, nous sommes pareils. Car, malgré nos différences, nous appartenons tous à l’espèce humaine, nous partageons ce qu’on appelle le phénotype humain. Voilà pourquoi, les humains peuvent faire les bébés de mille et une couleurs ».

    Merci, encore pour ton travail qui est de grande qualité.

    1. sandra

      Je te rejoins tout à fait sur la nécessité de mettre en place toute une pédagogie pour expliquer pourquoi on n’utilise plus ce mot, pourquoi les clichés se basant sur l’origine sont à combattre. Histoire que la race soit vraiment une coquille vide dans l’esprit de tous.

  4. Narcisse

    …très bon sujet Sandra, d’habitude je n’aime pas lire ou voir des trucs concernant l’esclavage, je le lirais au calme…

  5. Je trouve ridicule de bannir ce mot du vocabulaire. A quoi ça servirait concrètement ? Les mots ont le sens qu’on leur donne, personnellement je n’attribue aucune gloire ou valeur à ce mot « race » alors qu’on me qualifie comme appartenant à la race noire m’importe peu.

  6. ED

    Article très pertinent qui révèle l’hypocrisie d’une certaine classe dirigeante

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