La valeur d’une vie dépend t-elle de sa nationalité ?

Entre le 7 et le 9 janvier 2015, une succession d’attentats a fait 20 morts à Paris. Un émoi international s’en est suivi et vous vous souvenez sans doute de l’intensité du traitement médiatique qui a suivi. Durant la même semaine, ce sont des milliers de personnes qui ont perdu la vie dans le Nord du Nigéria. Quelques articles épars ont couvert la tragédie causée par Boko Haram.
Souvenez-vous du bruit médiatique qui a fait suite aux inondations du Sud de la France. Tous les témoignages des sinistrés nous narrant leur désespoir devant leurs maisons englouties ont ému la France entière pendant près d’un mois. Simultanément, quelques heures de ce bruit médiatique étaient consacrées aux 500 corps enflés d’eau d’hommes désespérés ayant tout bravé dans l’espoir d’une vie meilleure. Ces 500 naufragés tués à nos portes en pleine méditerranée par leurs passeurs ne vous disent rien. Normal, ce sont les spectaculaires inondations de l’Hérault et leurs dégâts matériels qui occupaient alors notre esprit.
Et je pourrais continuer ainsi sur de nombreuses pages sans que cela ne soit nécessaire puisqu’il me semble que vous avez saisi l’idée. En outre, je trouve cette concurrence victimaire indécente : le malheur n’a pas pas d’échelle.

Global Justice

 

Ce que je souhaite dénoncer, ce sont les effets pervers de cette compassion sélective qui veut qu’on ignore totalement les déboires de ceux qui nous paraissent lointains sur les plans géographiques, culturels ou sociaux.
Parce que cette compassion sélective joue systématique en faveur des victimes du monde occidental elle installe un sentiment d’injustice et de relativité de l’importance de la vie humaine. Comment dans le pays des droits de l’homme peut-on à ce point nier l’universalité de la valeur de la vie humaine ? Les grandes valeurs de l’humanisme ne concernent-elles pas tous les Hommes ?!? Où est notre idéal de justice mondiale ? Certains ont l’arrogance de justifier ce deux poids deux mesures par le fait que les vies de ceux qui nous sont proches ont plus de valeur. Foutaises, les présidents africains qui sont venus nous soutenir à Paris sont culturellement et géographiquement plus proches des victimes de Boko Haram et pourtant ils ne leur ont as exprimer la même compassion. On veut se donner bonne conscience avec cet argument de proximité, mais j’en suis convaincue, ce n’est pas là que le bât blesse.

Je soupçonne le système médiatique d’y être pour beaucoup et les journalistes de ne pas prendre à cœur leur devoir d’informer. Quand je regarde les différents journaux, j’ai l’impression qu’ils sont tous semblables dans leur choix des sujets à traiter. Partout, les mêmes évènements sont portés à nu ou ignorés. Cela ne dénote pas d’une grande indépendance d’esprit. Au contraire, tout se passe comme si un maitre d’école leur avait donné à tous différents évènements à traiter selon une hiérarchisation bien précise, avec un prisme très occidental et dans un temps donné. Et tous s’empressent pour appliquer ses directives. Aucun ne sort de cette classe imaginaire pour voir si d’autres sujets doivent être abordés ou si la hiérarchisation devrait être changée selon des critères qui leur sont propres. Aucun ! Il en résulte une presse manquant de pluralité et des citoyens ne pouvant éprouver la moindre compassion pour ceux qui ne sont pas dans les clous puisqu’ils n’ont même pas connaissance de leur existence.

Alors, si seulement un journaliste passait sur ce blog, juste un suffit, car comme disait Edward Everett : « Certes, je ne suis qu’un. Mais je suis un. Je ne peux pas tout faire. Mais je peux faire quelque chose. Et le fait de ne pas pouvoir tout faire ne m’autorise pas à refuser de faire ce que je peux faire. »
Eh bien j’espère que ce vaillant journaliste prendra en compte cette demande de plus de pluralité dans la presse et l’insufflera de rédaction en rédaction.

Cet article a 1 commentaire

  1. petiteyaye

    Je partage ton avis. J’ai malheureusement fait le même constat que toi et j’ai depuis longtemps décidé de mieux sélectionner mes médias. Comme je m’intéresse bcp plus à ce qui se passe dans le monde qu’en france, j’écoute RFI et ça n’a rien à voir, infos complètes tous les sujets internationaux sont traités. A titre d’exemple les attentats au nigeria avaient d’ailleurs vite pris le pas sur charlie à l’antenne… très enrichissant.

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